Et si la médecine esthétique faisait du biohacking depuis toujours ?

publié le 20 août 2026 dans Technologie & Innovations

La médecine esthétique faisait-elle déjà du biohacking sans le savoir ?

Un récent article du GHI, consacré à l’engouement des Genevois pour le biohacking, m’a particulièrement interpellé.

Derrière ce terme très contemporain se cache en réalité une idée assez simple : ne pas attendre que le vieillissement ou la maladie s’installent pour agir, mais chercher à préserver le plus longtemps possible notre capital biologique.

Activité physique, alimentation, sommeil, gestion du stress, maintien d’une vie sociale riche, photobiomodulation, correction de certaines carences… Le biohacking propose de devenir davantage acteur de sa santé et de son vieillissement.

Cette philosophie me parle particulièrement car, en médecine esthétique, c’est celle que je défends depuis plus de trente ans.

Prévenir plutôt que corriger

Pendant longtemps, la médecine esthétique intervenait lorsqu’une ride était déjà profonde, lorsque le visage avait perdu ses volumes ou lorsque les signes du photovieillissement étaient installés.

J’ai toujours préféré une autre approche : agir plus tôt, avec moins, pour préserver davantage.

C’est dans cet esprit que j’ai commencé très tôt à utiliser de petites quantités de toxine botulique chez de jeunes adultes, non pas pour traiter des rides qu’ils n’avaient pas encore, mais pour adoucir certaines contractions musculaires répétitives, ouvrir le regard et limiter progressivement la formation des rides d’expression. Car le vieillissement cutané commence bien avant qu’il ne se voie – dès le milieu de la vingtaine.

La même philosophie m’a conduit à traiter précocement les petites irrégularités pigmentaires ou vasculaires et à utiliser certains lasers superficiels non seulement pour corriger, mais aussi pour stimuler le renouvellement cutané.

Puis est venu ce que j’avais appelé le Softlift : l’utilisation de petites quantités d’acide hyaluronique réticulé fortement dilué, réparties dans les tissus afin de privilégier la qualité cutanée plutôt que la transformation des volumes du visage.

Avec les années, cette approche s’est progressivement enrichie : photobiomodulation par lumière rouge et proche infrarouge, peptides de collagène, travail sur la masse musculaire et, dans un cadre médical et avec davantage de prudence, exploration de nouvelles approches biologiques telles que certains peptides ou le NAD+.

L’art de vieillir avec grâce

Ainsi, l’objectif est celui du « mieux-vieillir » (« graceful ageing ») plutôt que de l’« anti-aging ». Notre vision est celle d’une médecine esthétique qui ne cherche pas seulement à corriger ce que le temps a modifié, mais à préserver le capital cutané et tissulaire le plus longtemps possible. Avec comme règle fondamentale : distinguer ce qui est scientifiquement démontré de ce qui est prometteur mais encore expérimental.

Car le biohacking ne devrait jamais devenir une obsession de la jeunesse éternelle. Il devrait simplement nous aider à devenir davantage acteurs de notre vieillissement, et à vieillir de manière la plus harmonieuse et saine possible.Ouvrir les options de la bannière

Vous ne savez pas quoi écrire ensuite ?

Article écrit par Dr Luigi L. Polla Dr Luigi L. Polla

Dr Luigi L. Polla est dermatologue FMH depuis 1984 et fondateur de Forever Institut, centre pionnier de médecine esthétique à Genève depuis 1997. Formé au Wellman Laboratory de Harvard Medical School auprès des Professeurs Fitzpatrick, Parrish et Rox Anderson — les pères de la photothermolysis sélective, principe sur lequel repose l'ensemble des lasers médicaux utilisés aujourd'hui. Il a introduit en Suisse les premiers lasers dépilatoires Candela, le PicoSure de Cynosure et le CoolSculpting. Co-fondateur de la Société Suisse de Médecine Esthétique, membre de l'AAD et de l'EADV.